[Tribune] Contradictions et incompréhensions autour du « nouveau » vote blanc (Marianne_Rue89_NouvelObs)

Les élections européennes n’avaient même pas valeur de test. Sans surprise, le « nouveau » vote blanc est à la fois une absurdité juridique qui cultive le flou chez l’électeur qu’une impossible équation à résoudre pour tous les dépouilleurs de l’hexagone. Explications.

La loi sur la Reconnaissance du vote blanc (qui n’a qu’attrayant que le nom) était appliquée pour la première fois lors de ce scrutin européen. Résultat ? La mise à disposition de deux chiffres distincts (2,78% de vote blanc ; 1,26% de vote nul). Rien d’autre. En effet, le vote blanc, bien que décompté, n’en reste pas moins non comptabilisé dans les suffrages exprimés. Une nuance qui…compte ! Apparemment, tout le monde ne l’a pas compris.

Le législateur s’est improvisé cuisinier. Il a voulu clarifier l’ancienne catégorie « Vote blanc et nul », comme on fait avec un œuf, en ne gardant que le blanc. Sauf qu’il n’a pas mis à disposition des bulletins blancs dans les bureaux de vote. Contradictoire ? Oui, l’État s’est caché derrière le coût éventuel de ces bulletins (et de la crise !) pour ne pas en proposer à l’électeur. Ne craignait-il pas plutôt un effet d’entraînement qui aurait fait du vote blanc un potentiel score à deux chiffres ?

Ceux qui voulaient voter blanc avaient alors trois solutions : fabriquer eux-mêmes leur bulletin, mettre une enveloppe vide, ou appuyer sur la touche « vote blanc » pour ceux qui votent via une machine à voter. Et chacun de ces moyens sont sujets à discussion et incompréhensions, comme l’attestent de nombreuses réactions d’électeurs sur Twitter.

1/ Fabriquer soi-même son bulletin

Un bulletin blanc n’est pas qu’une simple feuille vierge. La chose n’est pas si facile. L’électeur se doit de le découper à la même dimension qu’un bulletin officiel de candidat. Imaginez donc que celui qui a simplement plié une feuille blanche A4 a donc voté nul ! Grotesque et inapplicable pour les personnes en charge du dépouillement : comment penser qu’ils ont mesuré chacun des bulletins dépouillés ?! L’appréciation de ce qu’est un vote blanc demeure un acte subjectif qui varie donc selon l’identité du dépouilleur et/ou du bureau de vote.

2/ Mettre une enveloppe vide dans l’urne 

Vous avez bien lu, il ne s’agit pas d’une blague. L’ironie de l’histoire est que la meilleure manière de voter blanc est de ne pas mettre de bulletin. Alibi mis en avant par le gouvernement pour justifier le fait de ne pas mettre de bulletins blancs à disposition, cette modalité cultive surtout un flou artistique qui sème le doute chez l’électeur.

3/ Appuyer sur la touche « Vote blanc » via une machine à voter

Énième ambiguïté : les machines à voter laissent la possibilité à l’électeur d’appuyer sur une touche « vote blanc ». Cela pose question sur l’égalité entre les citoyens. Cela ne date pas d’hier : la loi sur les machines à voter est en vigueur depuis 1969 ! Le Conseil d’État ayant rejeté tous les recours déposés, l’absurdité perdure… Et ce, d’autant plus que les effets sont compliqués à mesurer. Relativement muet au sujet de la liste des communes munies de machines à voter, le ministère de l’Intérieur nous empêche ainsi de savoir si le vote blanc y est plus élevé.

Par ailleurs, ces élections européennes étaient le théâtre d’un autre fait (presque) inédit : la candidature des « Citoyens du Vote blanc ». L’association, qui milite pour la reconnaissance du vote blanc, avait ainsi présenté cinq listes dans tout l’hexagone. Et, la présence de leur bulletin n’a fait qu’accroitre la confusion autour d’un geste électoral devenu –décidément – synonyme de casse-tête.

Effective depuis le 1er avril dernier, la loi sur la reconnaissance du vote blanc fait figure de poisson d’avril à retardement qui se méprend sur les réalités sociologiques des électeurs. Beaucoup de ceux qui souhaiteraient voter blanc continuent en effet de céder à la tentation de livrer des « bulletins blancs à message »: à force de ne pas être pris en compte, ils choisissent de crier (en ornant leur bulletin d’inscriptions diverses et en le rendant, de fait, nul) plutôt que de se taire (en livrant une enveloppe vide). La plupart des votes nuls sont en réalité des votes blancs « dans l’esprit » émis par des citoyens lassés de ne pas voir celui-ci être considéré comme un suffrage exprimé. Distinguer blancs et nuls n’a donc de sens que si leur valeur dans le décompte des voix diffère. Autrement, il nous sera toujours impossible de mettre un véritable chiffre sur l’ampleur du phénomène « vote blanc ».

 

D’ici là, nous en serons réduits à faire des additions imparfaites : 2,78% (vote blanc) + 1,26% (vote nul) + 0,58% (Listes « Citoyens du vote blanc ») = 4,62 %

 

Tout cela est-il bien sérieux ?

 

Sur Marianne.net: http://www.marianne.net/La-mascarade-du-nouveau-vote-blanc_a239114.html

Sur Rue 89: http://rue89.nouvelobs.com/2014/05/28/contradictions-incomprehensions-autour-nouveau-vote-blanc-252517

Sur Nouvel Obs-Le Plus: http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1206706-europeennes-le-vote-blanc-reconnu-une-absurdite-juridique-totalement-floue.html

 

Photo Jérémie Moualek

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